Vapoter ou fumer : les dernières études sur votre santé bucco-dentaire

Depuis deux ans, la recherche sur les effets du vapotage a considérablement mûri. Une méta-analyse publiée dans une revue du groupe Nature en février 2025, un rapport d’expertise de l’ANSES en février 2026, des données françaises issues d’une cohorte de près de 20 000 volontaires : nous disposons enfin d’éléments solides pour répondre à la question que nos patients posent presque chaque semaine au fauteuil.
La réponse courte : pour vos dents et vos gencives, la cigarette électronique est nettement moins agressive que le tabac fumé, mais elle n’est pas neutre. Et surtout, elle modifie un signal d’alerte auquel nous, dentistes, accordons une importance capitale. Il faut également faire très attention à la qualité des e-liquide achetés
Voici ce que la science a établi, ce qu’elle n’a pas encore tranché, et ce que cela change concrètement pour votre suivi.
Ce que la recherche a établi en 2025 et 2026
Deux travaux font aujourd’hui référence.
Le premier est une méta-analyse publiée en février 2025 dans Evidence-Based Dentistry (groupe Nature), conduite par des équipes des universités de Newcastle et de Sheffield. Elle a analysé 40 études selon un protocole enregistré à l’avance, en s’attaquant à un biais que les revues précédentes avaient largement ignoré : la plupart des « vapoteurs » étudiés sont en réalité des fumeurs ou d’anciens fumeurs, ce qui fausse toutes les comparaisons.
Ses conclusions principales :
- Les fumeurs présentent systématiquement les plus mauvais résultats parodontaux, quel que soit l’indicateur mesuré.
- Sur les marqueurs de destruction parodontale les plus significatifs — profondeur de poche et perte osseuse marginale — aucune différence n’a été démontrée entre les vapoteurs et les non-fumeurs ou ex-fumeurs.
- En revanche, les vapoteurs présentent davantage de plaque dentaire que les non-fumeurs, un microbiote buccal spécifique et des marqueurs pro-inflammatoires plus élevés.
- Les auteurs insistent sur le niveau de preuve encore limité : la majorité des études incluses présentent un risque de biais élevé.
Le second est le rapport de l’ANSES publié le 4 février 2026, première expertise française d’ampleur sur le sujet : près de 700 pages, environ 2 500 études analysées. L’Agence conclut que les niveaux de risque associés au vapotage sont inférieurs à ceux du tabagisme pour l’ensemble des effets étudiés, tout en identifiant des risques possibles — cardiovasculaires, respiratoires, cancérogènes — y compris pour les produits sans nicotine.
La ligne à retenir, partagée par la plupart des autorités sanitaires : si vous fumez, passer à la vape réduit nettement votre exposition ; si vous ne fumez pas, il n’y a aucune raison de commencer à vapoter.
Gencives : le piège du saignement qui disparaît
C’est le point le plus important de cet article, et le moins connu du grand public.
La méta-analyse de 2025 a mis en évidence un résultat contre-intuitif : les vapoteurs saignent moins au sondage que les non-fumeurs. Leurs indices gingivaux sont également plus bas. Ce phénomène est bien documenté chez les fumeurs — la nicotine provoque une vasoconstriction des vaisseaux gingivaux — et les données suggèrent que le vapotage produit un effet comparable.
Fait notable : les études présentant le moins de biais sont celles qui montrent l’écart le plus marqué. Ce n’est donc probablement pas un artefact statistique.
Pourquoi c’est un problème. La gencive qui saigne au brossage est le premier signal d’alarme de la gingivite, et le motif de consultation n°1 pour une maladie parodontale débutante. Chez un vapoteur, ce signal peut être atténué, voire absent, alors même que l’inflammation sous-jacente progresse. Le patient se croit tiré d’affaire. La maladie, elle, avance en silence.
C’est exactement le scénario qui conduit à des diagnostics tardifs, au stade où l’os alvéolaire est déjà atteint et où le déchaussement devient visible.
Caries : le risque le plus sous-estimé du vapotage
Le versant carieux du vapotage est étonnamment peu abordé, y compris par les professionnels.
Une étude de la faculté de médecine dentaire de Tufts University, publiée dans le Journal of the American Dental Association, a analysé les dossiers de plus de 13 000 patients suivis entre 2019 et 2022. Résultat : environ 79 % des patients vapoteurs étaient classés à risque carieux élevé, contre environ 60 % dans le groupe témoin. L’écart est statistiquement significatif.
Les mécanismes sont documentés par des travaux de laboratoire :
- Les e-liquides aromatisés et sucrés réduisent la microdureté de l’émail, de la dentine et de la dentine radiculaire, et modifient la morphologie de surface de l’émail.
- Le propylène glycol et la glycérine végétale favorisent l’adhérence bactérienne et la formation de biofilm sur les surfaces dentaires.
- Le flux salivaire diminue, ce qui réduit le pouvoir tampon naturel de la salive et sa capacité à reminéraliser l’émail. C’est aussi l’origine de la sensation de bouche sèche fréquemment rapportée par les vapoteurs.
Le collet des dents et les racines exposées sont les zones les plus vulnérables. Si vous vapotez régulièrement, la question du traitement des caries risque de se poser plus tôt que prévu — et un protocole de prévention renforcé se justifie pleinement.
Plaque dentaire et microbiote : une flore buccale modifiée
Au-delà des caries, le vapotage transforme l’écosystème bactérien de la bouche.
Des travaux menés à l’université de New York, publiés dans la revue mBio, ont montré que les vapoteurs développent un microbiote parodontal qui leur est propre — ni celui des fumeurs, ni celui des non-fumeurs. Il est notamment enrichi en pathogènes parodontaux reconnus comme Porphyromonas gingivalis et Fusobacterium nucleatum, deux bactéries directement impliquées dans la destruction des tissus de soutien de la dent.
D’autres recherches ont observé que ces modifications du biofilm peuvent apparaître en moins de 24 heures d’exposition.
Concrètement, cela se traduit par une accumulation de plaque plus rapide — un résultat que la méta-analyse de 2025 confirme, y compris après un traitement parodontal. C’est un argument direct pour rapprocher la fréquence des détartrages chez les patients vapoteurs.
Fumer et vapoter : le scénario le plus défavorable
Voici la donnée que trop de discussions oublient. Selon les chiffres repris par l’ANSES, 98 % des vapoteurs adultes français sont fumeurs ou anciens fumeurs, et environ 65 % continuent de fumer en parallèle.
Autrement dit : le patient type qui s’assoit dans notre fauteuil n’est presque jamais un vapoteur exclusif. C’est un consommateur mixte. Et c’est précisément le profil pour lequel les données sont les plus défavorables — il cumule la toxicité de la combustion et les effets propres au vapotage, sans bénéficier de la réduction d’exposition promise par la substitution.
Le bénéfice bucco-dentaire de la cigarette électronique n’existe que si la transition est complète. Une consommation mixte prolongée, c’est le pire des deux mondes. Nos patients fumeurs trouveront le détail des dégâts propres au tabac dans notre article sur les effets du tabac sur les dents.
Vape, implants et traitement parodontal
Ce point concerne directement les patients qui envisagent une chirurgie.
Une revue systématique publiée en 2026 sur le vapotage et le tabac chauffé rapporte une cicatrisation parodontale retardée, des cytokines pro-inflammatoires augmentées et des médiateurs anti-inflammatoires réduits chez les utilisateurs. La méta-analyse de 2025 va dans le même sens : après une intervention parodontale, les vapoteurs présentaient des profondeurs de poche supérieures à celles des non-fumeurs, même si ce résultat repose sur un nombre restreint d’études.
Ces éléments ont des implications pratiques pour :
- la pose et la survie d’un implant dentaire ;
- la cicatrisation après une extraction ;
- la réponse au traitement d’une parodontite.
Comme pour le tabac, nous recommandons d’aborder franchement la question du vapotage lors du bilan bucco-dentaire préalable à toute intervention chirurgicale. L’information n’a rien d’un jugement : elle conditionne le protocole et le pronostic.
En France : une maladie des gencives largement sous-diagnostiquée
Les données françaises apportent un éclairage utile. La cohorte CONSTANCES de l’Inserm, dont les résultats sur la santé bucco-dentaire ont été publiés en 2024 dans le Journal of Clinical Periodontology, a évalué le risque de parodontite sévère chez près de 20 000 volontaires.
Deux enseignements :
- Un tiers de la population française environ est concernée par un risque de parodontite sévère.
- Moins de 20 % des personnes à risque pensaient avoir un problème de gencives, alors que la moitié d’entre elles avaient consulté un dentiste dans les six mois précédents.
Cette même cohorte a associé l’usage de la cigarette électronique à un risque accru de parodontite sévère.
Une pathologie fréquente, silencieuse et sous-diagnostiquée, chez des patients dont le principal symptôme d’alerte peut être masqué par la nicotine : la combinaison mérite qu’on la prenne au sérieux.
Ce que nous recommandons concrètement
Si vous vapotez, que ce soit en substitution ou en parallèle du tabac :
- Signalez-le systématiquement à votre chirurgien-dentiste. Y compris pour un vapotage sans nicotine — les données de l’ANSES montrent que les risques ne disparaissent pas avec la nicotine.
- Ne vous fiez pas à l’absence de saignement des gencives. Demandez un sondage parodontal, c’est un examen rapide et indolore.
- Rapprochez vos contrôles. Deux visites annuelles au lieu d’une, et un détartrage tous les six mois plutôt que tous les douze.
- Renforcez la prévention carieuse : dentifrice fortement fluoré, bain de bouche fluoré, applications de vernis au cabinet selon votre profil de risque.
- Hydratez-vous davantage. La bouche sèche induite par le vapotage se compense en partie par un apport en eau régulier.
- Visez la transition complète. Si votre objectif est le sevrage, la consommation mixte prolongée annule l’essentiel du bénéfice attendu. Un accompagnement par un professionnel du sevrage tabagique multiplie vos chances.
Questions fréquentes
La cigarette électronique abîme-t-elle les dents ?
Moins que le tabac fumé, mais elle n’est pas sans effet. Les données montrent une accumulation de plaque plus importante, un risque carieux augmenté et un microbiote buccal modifié chez les vapoteurs par rapport aux non-fumeurs. En revanche, sur les marqueurs de destruction parodontale les plus lourds, les vapoteurs se rapprochent des non-fumeurs, alors que les fumeurs présentent des résultats nettement plus dégradés.
Le vapotage sans nicotine est-il sans danger pour les dents ?
Non. L’ANSES identifie des risques possibles même en l’absence de nicotine. Les arômes sucrés et les solvants du e-liquide agissent sur l’émail et le biofilm bactérien indépendamment de la nicotine. Le retrait de la nicotine supprime l’effet vasoconstricteur sur la gencive, mais pas le risque carieux.
La cigarette électronique jaunit-elle les dents ?
Beaucoup moins que le tabac, qui dépose goudrons et nicotine à l’origine des taches brunes caractéristiques. Le vapotage produit des colorations plus discrètes, davantage liées à l’accumulation de plaque et à certains arômes. Si les taches vous gênent, faites le point sur les options de blanchiment dentaire.
Vapoter donne-t-il mauvaise haleine ?
Oui, indirectement. La diminution du flux salivaire favorise la prolifération des bactéries responsables de l’halitose. La sécheresse buccale est l’un des effets les plus fréquemment rapportés par les vapoteurs. Nos conseils sur la mauvaise haleine s’appliquent pleinement.
Puis-je vapoter après une extraction dentaire ?
Non, pas dans les jours qui suivent. L’aspiration crée une dépression dans la bouche qui peut déloger le caillot sanguin et provoquer une alvéolite, complication particulièrement douloureuse. Les effets vasoconstricteurs de la nicotine retardent par ailleurs la cicatrisation. Suivez les mêmes consignes que pour la cigarette.
Passer du tabac à la vape améliore-t-il l’état de mes gencives ?
Les rares études disponibles rapportent des effets neutres à positifs, mais elles présentent d’importantes limites méthodologiques. Un essai clinique de grande ampleur est en cours au Royaume-Uni pour répondre précisément à cette question. En l’état, ce qui est certain, c’est que continuer à fumer est le scénario le plus défavorable pour vos gencives.
Faire le point sur votre santé bucco-dentaire à Champigny-sur-Marne
Fumeur, vapoteur ou les deux, le suivi adapté ne s’improvise pas. Un examen clinique avec sondage parodontal permet de savoir précisément où vous en êtes — et, dans le cas du vapotage, de dépasser un signal d’alerte qui peut se révéler trompeur.
Le cabinet du Dr Hauptschein vous accueille à Champigny-sur-Marne pour un bilan complet et un plan de prévention adapté à votre profil de risque. Prendre rendez-vous
Sources
- Tattar R., Jackson J., Holliday R. The impact of e-cigarette use on periodontal health: a systematic review and meta-analysis. Evidence-Based Dentistry, 2025;26:117-118. DOI
- ANSES. Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage. Rapport d’expertise collective, février 2026.
- Irusa K. et al. Vaping and dental caries risk. Journal of the American Dental Association, novembre 2022.
- Wiernik E. et al. Prevalence of self-reported severe periodontitis: data from the population-based CONSTANCES cohort. Journal of Clinical Periodontology, 2024;51:884-894. DOI
- Thomas S.C. et al. Electronic cigarette use promotes a unique periodontal microbiome. mBio, 2022;13:e00075-22. DOI
- Xu F. et al. Electronic cigarette use enriches periodontal pathogens. Molecular Oral Microbiology, 2022;37:63-76.
- Kim S.A. et al. Cariogenic potential of sweet flavors in electronic-cigarette liquids. PLoS One, 2018;13:e0203717. DOI
- Vaping, heated tobacco, and periodontal health: a systematic review. Exploration of Medicine, 2026.
Article rédigé sous la supervision du Dr Hauptschein, chirurgien-dentiste à Champigny-sur-Marne. Dernière mise à jour : août 2026. Cet article a une vocation informative et ne remplace pas une consultation.
